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Le CEO de Febelfin, Karel Baert, répond aux publications des fichiers FinCEN. Curieux de sa vision ? Lisez l'article d'opinion çi-dessous.

paper files

Ce fut une semaine intense pour le secteur bancaire avec la publication des révélations dites des « FinCEN files ». Cela fait 6 mois que je suis CEO de Febelfin. Avec la crise du coronavirus, ce dossier marquera les esprits. C'est une bonne chose que les « FinCEN files » aient été publiés, car ils permettent à tous de rester vigilants dans la lutte contre la criminalité organisée. Malheureusement, ces révélations suggèrent que les banques ferment les yeux sur le blanchiment d'argent. Or, il n’en est rien. On ne peut néanmoins ignorer la complexité des flux de paiements internationaux. Les banques consentent des efforts considérables pour lutter contre le blanchiment d'argent. Elles constituent un maillon essentiel de la lutte contre la criminalité organisée, mais aussi un seul maillon de cette chaîne. Or, par définition, une chaîne se compose de plusieurs maillons.

Plus le service est complexe, plus les risques sont importants

Non, je ne cherche pas à minimiser les faits. Cette publication montre d’ailleurs que les banques ont déjà tiré les leçons des erreurs passées. C'est en effet précisément grâce aux signalements qu'elles ont effectués que ce rapport a pu être publié. Il est certainement possible de faire mieux. En pratique, ce n’est cependant pas simple, dans notre pays compliqué, qui réserve son lot de difficultés. Il est grand temps que les décideurs politiques prennent aussi leurs responsabilités. Il est nécessaire d’en finir avec les législations qui nuisent à la société, et de renforcer la coopération. Avec la formation éventuelle d'un nouveau gouvernement et la rédaction d'un accord de gouvernement, le moment semble à point.

Protéger l'épargne, octroyer des crédits et veiller à un système de paiement efficace sont des activités essentielles pour la croissance économique. Mais cela s’accompagne aussi de risques, que les banques sont amenées à gérer. C'est là indiscutablement l'une de leurs missions fondamentales, qui relève aussi de leur responsabilité sociétale.

Plus le service est complexe, plus les risques sont importants. Le système de paiement international est un dispositif complexe qui repose sur réseau d'intermédiaires et de procédures techniques issues de la législation internationale et des pratiques de marché. Et oui, les organisations criminelles, les cartels de la drogue, les blanchisseurs d'argent et les escrocs en tous genres parviennent à en abuser, en mettant en place des structures brouillant la traçabilité des flux d'argent suspects. Cette complexité ne peut pour autant être invoquée comme excuse pour ne pas réduire autant que possible ces risques, voire les éliminer. En aucun cas.

Karel Baert
Permettez aux banques et aux autorités d'échanger entre elles des informations sur les transactions suspectes dans un environnement sécurisé, afin qu’elles puissent réagir plus rapidement et éviter le blanchiment d'argent sale.
Karel Baert
CEO de Febelfin

Échangez des informations dans un environnement sécurisé

Les banques, comme les notaires, les comptables, etc. ont une fonction d’alerte dans la lutte contre le blanchiment d'argent. Nous sommes tenus de signaler les transactions et les personnes suspectes à la Cellule de Traitement des Informations Financières (CTIF), la cellule de lutte contre le blanchiment d'argent. Et en 2019, celle-ci a reçu 25.991 déclarations.

Ces déclarations doivent être examinées une par une. D'abord par les banques, puis par la Cellule de Traitement des Informations Financières et enfin, le cas échéant, par les autorités judiciaires. Chaque maillon accomplit sa tâche individuellement. Dans ce cadre, il est essentiel que tous les acteurs de cette chaîne puissent échanger en temps utile des informations sur les développements dans le cadre du blanchiment d'argent. Où le pouvoir judiciaire voit-il émerger de nouvelles tendances ? Quelles sont les nouvelles méthodes utilisées par les organisations criminelles ? Dans quels pays de nouvelles sociétés écrans se créent-elles ? Il faut permettre aux banques et aux autorités d'échanger entre elles des informations sur les transactions suspectes dans un environnement sécurisé, afin qu’elles puissent réagir plus rapidement et éviter le blanchiment d'argent sale.

Besoin de partenaires dans la lutte contre la criminalité financière

Le monde politique doit également jouer son rôle dans ce domaine. Les banques peuvent faire plus si on leur donne les bons outils pour le faire. Les réglementations futures doivent embrasser les nouvelles technologies sans miner les obligations des banques en matière de prévention du blanchiment.  Il est contradictoire de demander aux banques de surveiller les clients suspectés de fraude et de bloquer leurs transactions douteuses, tout en les contraignant par ailleurs à accepter toute entreprise comme client, comme cela est prévu dans une proposition de loi récente relative à un service bancaire de base pour les entreprises. Les intérêts de la société dans son ensemble, priment ceux de certaines entreprises qui n'ont pas encore pleinement adapté leur fonctionnement interne à toutes les exigences d’une bonne gouvernance.

Tout comme les enquêteurs traquent les criminels en équipe, les banques ont également besoin de partenaires dans la lutte contre la criminalité financière.

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