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Brexit

Il y a moins d'un mois, nous avons fêté le premier anniversaire du Brexit en mode mineur. Avec tous les événements liés au corona, cet anniversaire n’a guère retenu l’attention. Ou peut-être ce déficit d'attention avait-il davantage à voir avec l'impact - heureusement - limité de la sortie du Royaume-Uni sur notre économie et notre société. Sur le plan économique, les liens n'ont pas été complètement rompus. Pour les marchandises, il existe toujours une zone de libre-échange, mais cela ne signifie bien entendu pas que ces marchandises puissent encore traverser les frontières aussi aisément qu'avant. Au demeurant, le Brexit n'a pas réduit les charges administratives, bien au contraire.

Pour les services financiers, la trame est un peu différente. Dans ce domaine, le Brexit est bel est bien un Brexit. Les banques londoniennes ne sont plus soumises à la surveillance des autorités de contrôle européennes. La stabilité financière des institutions londoniennes ne peut de ce fait plus être contrôlée, ni garantie de manière suffisante. Il n'est donc plus possible d'offrir des services financiers dans la zone euro depuis Londres.

Dans un système de marché libre, il va de soi que cette nouvelle frontière ne pose aucun problème : il suffit de déplacer son activité de Londres vers la zone euro. Et c'est aussi ce que nous avons observé dans les faits l'an dernier. Des centaines d'institutions financières britanniques ont établi une base dans la zone euro : des banques se sont déplacées à Francfort ou à Paris, des fonds ont déménagé à Luxembourg ou à Dublin, d'autres institutions se sont transportées à Amsterdam. Et de constater ainsi que pratiquement toutes ces institutions se sont installées dans un rayon autour de Bruxelles, mais pas à Bruxelles. Bilan douloureux, le Brexit ne se présente pas à nous sous son meilleur jour.

Karel Baert
Notre pays a ce qu'il faut pour générer un écosystème financier sain et en pleine croissance, surtout à une époque où tout gravite autour des évolutions technologiques.
Karel Baert
CEO Febelfin

Le fait que notre pays n'ait pas été retenu comme site d'implantation n'est pas vraiment inattendu mais reste très regrettable. Il aurait pu en aller autrement. En 1973, Charles Kindleberger, professeur à l’époque au MIT, avait désigné non pas Londres ou Paris, mais Bruxelles comme principale candidate au titre de place financière de l'Europe. Bruxelles avait de nombreux atouts à offrir, mais ils n’ont pas opéré. L'histoire a pris un cours différent.

Cependant, rien ne condamne l'histoire à se perpétuer. Les fondamentaux qui auguraient d’un rôle majeur en tant que place financière n'ont pas disparu. Au contraire. Notre pays a ce qu'il faut pour générer un écosystème financier sain et en pleine croissance, surtout à une époque où tout gravite autour des évolutions technologiques. Nous sommes situés littéralement à la croisée des chemins en l'Europe, nous hébergeons de puissants acteurs mondiaux comme Euroclear ou Swift, nos banques sont les porte-drapeaux européens de la numérisation depuis des années et nos universités comptent parmi les chefs de file mondiaux absolus du cryptage. Bref, nous avons là tous les éléments indispensables pour le monde financier de demain qui se met en place. Et notre pays surpasse facilement la plupart des autres pays dans ces différents domaines.

La clé consiste désormais à relier ces différents atouts pour créer un écosystème solide. Si nous voulons faire de Bruxelles un centre financier, nous devons choisir explicitement et en toute conscience d’aller dans ce sens en développant une politique forte : en encourageant les investissements étrangers dans le secteur financier au sens large, en rendant les coûts de recherche et d'investissement plus déductibles, en réfléchissant, en tant que décideurs et décideuses politiques, avec les entreprises innovantes et en ayant à l'esprit les conséquences positives de l'innovation, et pas seulement les risques qu’elle comporte.

Les facteurs économiques et un choix politique conscient peuvent faire d’un centre d’abord économique une place financière. Londres l'a compris. Le succès de nos biotech valleys prouve d'ailleurs l'efficacité d'une telle politique. Appliquons donc cette stratégie au secteur financier, cela majorera les bénéfices pour tout le monde et profitera à l'ensemble du pays. L'histoire nous a appris ce qu’il ne faut pas faire en la matière. A nous de veiller aujourd’hui ensemble à ne pas répéter les erreurs commises.

  • Karel Baert, CEO Febelfin
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